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Lettres d'Outretombe.

 
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Saestra
Soldat Sombrecoeur

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MessagePosté le: Mar 22 Juil - 22:19 (2014)    Sujet du message: Lettres d'Outretombe. Répondre en citant

J'aime le chocolat noir, sa saveur douce-amère me rappelle des jours meilleurs, des jours de fêtes, où cette denrée rare était sortie sous forme de grandes barres, achetées à un colporteur de passage, souvent le même, qui venait nous voir, dans notre petit hameau à l'ouest de Stratholme. C'était principalement pendant les célébrations du solstice d'été, alors, les granges et les maisons se paraient de guirlandes de fleurs des champs, pour apporter la fertilité, la richesse, aux propriétaires et métayers.
C'était aussi un des rares jours où mon père me laissait tranquille. Pas de champs à labourer, attendrait bien une journée que les Humains se réunissent pour célébrer le jour le plus long de l'année.

Les hommes sortaient de leurs remises les vieilles tables en bois sombre, patinées par l'usage, polies par la cire, et les disposaient sur la place du village, dans un festif désordre, les femmes garnissant les tables de leurs meilleurs plats, des plats de fêtes. Le Bourgmestre Johnes faisait une courte allocution, le plus souvent paré de son lourd collier doré frappé du symbole de Lordaeron tressautant sur son ample gambison. Je me souviens d'être hypnotisée, petite fille,  par les tressautements multiples de ses mentons, demandant naïvement à mon père comment un homme pouvait devenir aussi gonflé. Était-il malade ? Mon père éclatat alors de son rire tonitruant, et me pris sur ses genoux, m'y faisant sauter à mon plus grand bonheur.

Telle était la vie simple que je me remémore parfois. Mon père, avec ses grandes mains calleuses, couturées de cicatrices, son épaule tatoué du blason de Lordaeron, ses longs cheveux gris noués en un catogan serré, ses yeux d'un gris acier, sa sempiternelle épée de fantassin accrochée à la ceinture, était le repère, le pilier, et le gardien de ma tranquille existence. Il était sévère, mais juste, exigeant, mais affectueux, dur, mais attentionné. Je n'ai mesuré que bien plus tard le poid qu'il devait avoir dans le village pour m'avoir offert une enfance aussi paisible, moi, n'appartenant à aucune race. Mais comme il me le disait régulièrement, dans ses rares et quelques moments d'ivresse, c'était la volonté conjointe de mes parents qui m'avaient fait venir au monde, je n'avais rien demandé à personne.
Régulièrement, il sortait, quand j'étais petite, de notre humble maison, suite à une visite du Bourgmestre, régler des problèmes. Souvent des questions de loyer, de terrains, de disputes qui dégénérait, ou des bagarres d'ivrognes, rien de très grave. C'était le seul à savoir se battre au village, alors il arrondissait ses fins de mois en rendant service au bourgmestre comme homme de paix.
C'est aussi avec ce goût doux-amer que j'ai découvert bien plus tard, que ma mère était en vie. Mon père m'avait dit qu'elle était morte en me donnant la vie, et qu'il l'avait enterré dans un cimetière lointain, du côté de Brill et du domaine Barov. Je n'ai su la vérité que bien plus tard, lorsque j'ai reçu un paquet de lettres posthumes.

Recevoir un courrier d'outretombe, d'un homme mort, est une expérience étrange. La bouche se sèche, et le coeur bat à toute allure aux oreilles. Les mains tremblent, et on se concentre sur le paquet en face de soi, comme si un scorpide était à l'intérieur. Puis, on cède à la curiosité, et on ouvre le paquet, et alors, le monde que vous vous êtes soigneusement construit cède, s'effondrant dans le plus grand des silences.
J'ai déplié la première lettre, écrite sur un fin papier jauni par les ans, glissé dans une large enveloppe marron usée, sans aucune inscription. Quand je la déplie, le papier craque doucement, comme si les années emprisonnées, enfin, s'échappaient.


 
Citation:
"Ma chère fille, ma petite Saestra,
Quand tu recevras cette lettre, je serais mort.

Pour l'instant, tu n'es qu'une petite existence aux oreilles pointues dans un couffin de linge blanc, et j'écris sur une table d'une auberge, à Brill, où j'ai choisi de séjourner. Je viens de quitter l'armée de Lordaeron. Et je dois avouer que je ne sais pas quoi faire. Alors, voilà, j'écris une lettre à ma fille. C'est surement la chope de trop qui me fait faire ça. Ou l'impression que désormais, ma vie ne sera plus la mienne. Je ris tout seul en écrivant ça. Je ne sais pas vraiment quoi raconter. Cette lettre est un peu comme une bouteille avec un message, jetée à la mer, sauf que cette mer est notre existence. J'espère en tout cas que je serais mort sans souffrances inutiles, et en soldat. Enfin, j'en sais rien. Tu n'en voudras pas à ton jeune père, de montrer ses hésitations dans cette lettre n'est-ce pas ? Peut-être que j'ai été un père exécrable. Si c'est le cas, je suis désolé. J'espère que nous nous sommes connus, que nous nous sommes apprivoisés, toi et moi.
Je vais éviter les sentiments, dorénavant, sinon l'aubergiste va croire que j'ai l'alcool triste.

Avant tout, je suis désolé. Je m'excuse beaucoup, n'est-ce pas ? Alors je vais continuer, parce que j'ai peur de te condamner, ma fille, à une existence entre deux mondes. Mais je refuse de le faire, alors pour toi, ma petite Saestra aux si jolies oreilles, celles de ta mère, je te ferai rentrer dans mon monde. Mais ce monde a un droit de péage, et c'est un mensonge. Dès que tu seras en age de me comprendre, et que tu me demanderas où est ta maman, petite Saestra, je te mentirais. Je suis désolé, et je ne m'attends pas à ce que tu comprennes. Je te dirais que ta maman est morte. Je ne sais pas quelles excuses j'inventerais, mais j'en trouverais une bonne, simple.

Mais j'écris cette lettre pour rétablir la vérité. Je sais que je vais te mentir, alors je prépare déjà une explication au cas où je n'aurais pas la possibilité de te dire la vérité en face. Ou le courage, ma petite Saestra, car, apprends-le, les hommes sont lâches, même ton père. Surtout ton père.
Ta mère est vivante, ma fille, et le sera encore probablement quand je ne le serai plus, car c'est une elfe. Ta mère est une mage, puissante, qui voyageait dans le royaume, quand j'ai fait sa connaissance. Je ne sais pas réellement sous quel motif, et je ne sais pas si je l'ai compris, si jamais je n'y ai fait attention. Elle était belle, ta mère, petite Saestra, belle et terrible comme l'aurore elle-même. Je ne sais pas comment j'ai pu attirer son attention, mais nous avons commencé à sympathiser. Elle restait quelques temps dans une petite ville sur le domaine des Barov, celle là même d'où je t'écris, et j'étais de garnison avec ma patrouille. Bref, une chose amenant l'autre nous nous sommes aimés.

Puis, elle est partie. Je ne vais pas dire que j'étais désemparé. Je m'y attendais, je ne vais pas épiloguer sur la difficulté de relation entre nos races.  Un jour, en retournant à mon dortoir, je t'ai trouvé, couffin blanc sur le pas de ma porte. Une lettre était jointe, expliquant que du fait de son statut de noble, elle ne pouvait t'élever. Elle me conseillait de te confier à une quelconque nourrice, de ne pas s'embarrasser d'une bâtarde née d'un amour fugace. Mais tu t'es réveillée, ma petite Saestra. Et alors, tu as tendue tes petites mains vers moi, tes si jolies petites mains. Et alors j'ai su que ma vie, c'était aussi toi. Que tu porterais le prénom de ta mère, la belle et terrible Saestra, mais que ce serait mon nom de famille que tu porterais. C'était hier. Et aujourd'hui, je ne regrette toujours pas ma décision. Surement que je prendrais des mauvaises décisions, pour toi, sans te consulter, je suis lucide sur l'homme que je suis.

Mais, ma fille, sache que, quoique tu fasses, qui que tu sois, je suis fier de toi.


 
Citation:

Note de l'expéditeur : Melle Navaeian - Blacksun, nous nous excusons platement du retard que nous avons pris dans l'exécution testamentaire des dernières volontés de votre père, Joseph Leoric Navaeian, mais nous n'avons pu confirmer sa mort que très récemment, ainsi que votre survie, et votre position exacte. Nous vous envoyons donc, conformément à l'application de l'article 145-6 de la charte bancaire et testamentaire exécutive des clans Barbe-de-Bronze, les lettres et possessions de feu Joseph Leoric Navaeian conformément au contrat conclu le 17 / 02 / 04 avec l'établissement bancaire et notarial Grisebarbe & Fils.
Yorick Bloïn Grisepierre, votre obligé. "


Alors que la pluie tombe, manteau gris sur une ville maussade, le gout doux-amer me revient en bouche.
_________________


Dernière édition par Saestra le Lun 15 Sep - 10:54 (2014); édité 1 fois
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MessagePosté le: Mar 22 Juil - 22:19 (2014)    Sujet du message: Publicité

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Saestra
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MessagePosté le: Sam 2 Aoû - 16:47 (2014)    Sujet du message: Lettres d'Outretombe. Répondre en citant

La femme était assise sur une chaise en bois, les pieds bottés sur un bureau. Le meuble était d'un beau bois sombre, ciré et entretenu avec soin et attention. Elle n'y prêtait aucune attention, plongée dans l'obscurité, une seule chandelle éclairant la scène. Nul bruit ne filtrait de dehors, mis à part, peut-être, le crépitement lointain de la pluie sur un toit. La femme était immobile, seul son visage était éclairé par la lumière de la bougie, elle fixait le papier sec de la lettre, couverte d'une écriture brouillonne et raturée, tachée. Elle n'était pas belle au sens propre du terme, loin s'en faut, elle était plutôt effrayante, son profil faisant penser à une de ses statues héroïques mais glacées d'une quelconque figure d'un passé depuis longtemps révolu. Ses cheveux d'un noir de jais aux reflets bleuâtre, même illuminés par la lumière jaune de la chandelle, était coupés courts, une unique mèche venait encadrer son visage aux traits secs et sévère. Un nez aquilin, et des yeux profondément enfoncés dans ses orbites, à la curieuse couleur presque rouge, des pommettes saillantes et une bouche pleine mais soucieuse venait compléter le visage. Son visage était orné de peintures de guerres noires, formant un réseau de lignes abstraits, d'une signification inconnue. Son regard était glacé, les sourcils formant un angle naturellement sévère, elle inspirait le respect mais aucune affection particulière.
La femme poussa un long soupir, avant de poser la lettre sur le bureau, regardant, songeuse, la flamme de la bougie danser, de manière quasi hypnotique. Elle en fut rapidement lassée et reprit sa lecture, depuis le début, sans jeter un seul regard à son environnement :

Citation:
"Ma chère Saestra,
Je sais aujourd'hui, avec certitude, que quand tu liras cette lettre, je serais mort.

J'écris cette lettre, cette dernière lettre, je n'ai pas fais le compte de combien j'ai pu en écrire, alors que nous vivons des heures sombres. Je ne t'ai pas encore dit la vérité au sujet de ces lettres, et je sais aujourd'hui que j'en aurais jamais le courage. Si tu survis à cette fin du monde, tu l'apprendras de la part d'autre de moi. Je sais que l'image que tu as de moi en seras profondément affecté, et je te prie d'excuser ton vieux père. Je n'ai pas été, au cours des dernières vingt-cinq années, le père que j'aurais du être. Je me suis montré intransigeant, dur, te poussant dans tes derniers retranchements par moment. Néanmoins, au vu de ce que tu es aujourd'hui, et de ce que nous traversons, je n'ai aucun regret. Juste beaucoup de fierté. Tu t'es forgé dans un entrainement qui m'aurai brisé à ton age, tu as survécu, et tu es aujourd'hui bien meilleure que moi sur tout les points. Je suis un père comblé, autant qu'il soit possible de l'être. Mes plus grands regrets viennent du fait que, jamais, tu ne connaitras la paix, de par le métal dont tu es fait, l'éducation qui t'as forgé, et ta nature profonde. Tu es un soldat ma fille, et c'est le plus grand compliment que je puisse te faire, même si il ne m'emplit pas de toute la joie que je pensais éprouver.

Je confie à ce papier, mes derniers instants. Demain, nous allons tenter, moi et mon unité, pour Lordaeron, pour la Croisade Écarlate, de reprendre une tour au Fléau. Et nous allons échouer. Je suis un vieux soldat, et je crains que cet assaut ne soit purement que du suicide. Ce que je crains le plus, n'est pas la mort, mais la non-vie qui risque de suivre. Mon commandant est un imbécile fanatisé par certains prêtres de la Croisade. Situation extrême, moyens extrêmes. Notre offensive permettra de prendre le fortin qui nous ennuie depuis quelques semaines aux mains de nos ennemis, j'en ai discuté avec mon vieux caporal. Je fais ce sacrifice avec diligence, et volonté, car j'espère sincèrement que cela te permettra de vivre. Toi, ta génération, l'avenir de notre Royaume.

Je me sens vieux, petite Saestra. J'ai trop vu. J'ai trop fait. Je n'étais pas jeune quand tu es née. Et aujourd'hui, je suis un vieux vétéran qui aurait du mourir dans son lit, qui essaye de transmettre son expérience à des imbéciles trop pressés de se sacrifier pour une cause, ou trop effrayés pour réfléchir. J'ai récemment essayé de calculer mon age exact. Je me suis aperçu que j'avais dépassé l'année dernière les soixante-quinze ans. J'ai mal aux genoux quand je me lève, quand je marche j'ai les os qui craque, et quand je manie une épée plus de deux minutes, j'ai l'impression que je vais mourir tellement mon cœur bat vite. Pourtant, je fais semblant. Je râle, je grogne, je joue au vieil ours avec ma grosse voix et ma grosse barbe. Je terrifie les recrues, pour qu'elles oublient ce qui les attends, dehors, à gratter aux portes d'Atreval. Pour qu'elles oublient la mort, le confinement, la haine, le chagrin. Demain, je vais mourir. J'espère au moins en sauver un ou deux avant de rendre l'âme.
Je vais te donner une dernière leçon, ma fille, reste à savoir si tu la recevras, trop douloureuse pour que je puisse te la livrer en face. La mort n'est pas héroïque, la mort n'est pas une amante tenue trop longtemps à distance, comme aimaient à raconter les conteurs qui passaient au village, et que tu écoutais avec tant d'attention que le monde aurait pu s'écrouler autour de toi. La mort est sanglante, sale, et si possible, meurs dans un lit, de l'usure naturelle de ton arme, le corps. Malheureusement, parfois nous ne choisissons pas la manière dont nous mourrons. Mais nous pouvons choisir pourquoi nous mourrons. N'écoute pas les prêtres qui promettent, n'écoute pas les conteurs qui inventent, n'écoute pas les alchimistes qui croyent. Agis, et un jour, je pense, tu comprendras cette leçon. Je peux paraitre sinistre, mais c'est ma lettre, il me semble ? Je souris à cette pensée. Je ne sais pas quand tu recevras cette lettre, mais ce jour là, pense à nous deux, dans la réserve, tandis que je corrigeais pour la douzième fois ton désengagement à l'épée.

En parlant du village, je me sens tellement désolée pour toi, petite Saestra. C'était ton foyer, mais ne t'en veux pas pour autant, personne n'aurai pu prévoir que la livraison d'Andhoral était empoisonnée. Pour ma part, j'ai simplement pensé qu'un parasite avait élu domicile dans le grain, et j'ai tout remballé, et enterré. Surtout pour pouvoir le ressortir au prochain passage du colporteur pour les semences, je lui aurai fait manger ses dents pour nous avoir joué un tel tour pendable. Aujourd'hui, je plains le pauvre bougre, il a du manger sa propre marchandise. J'ai commencé à me douter de quelque chose quand les premiers symptômes sont apparus, et que j'ai commencé à questionner les gens, mais il était déjà trop tard, ils en avait déjà tous mangé.

Je n'oublierais jamais quand le premier d'entre eux s'est relevé. C'était le bourgmestre, le fils Johnes. Son père était un homme bien. Je m'en souviens parfaitement, j'ai déboulé chez lui, et je les ai trouvé, lui, sa femme, et ses deux enfants, écroulés, la tête dans leur gruau. Quand je me suis approché pour vérifier son état, il a tourné la tête vers moi, enfin, il. Le corps. J'ai compris. J'avais vu suffisamment de magie, même si elle n'avait jamais été aussi noire, pour reconnaitre la trace. Heureusement que j'avais mon couteau de chasse sur moi. Je lui ai coupé la tête avant qu'il puisse réagir. Après, c'est sa femme et ses enfants qui se sont relevés à leur tour. Rien qu'à cette pensée, mon estomac se soulève encore. La dernière avait cinq ans. Cinq ans. J'ai du tuer une seconde fois une gamine de cinq ans. D'un coup de poing, je lui ai brisé le crâne. J'ai tranché les têtes des autres. Et je me suis précipité vers la maison. Je t'ai trouvé en train de tailler en pièces le garçon des Heaulm. Celui que tu embrassais en cachette, dans la paille, en pensant que je ne le savais pas. Je me souviens parfaitement de ton mouvement, tu lui as tranché la jambe avec ma vieille épée, celle qui est ornée que j'avais reçu pour mon départ de l'armée, un bras d'un revers, avant de lui trancher la tête avec un retour fulgurant. J'avais trouvé qu'il y avait trop de mouvements inutiles, et je t'en avais fait la remarque.

Je regrette tout ça, ma petite Saestra, à l'aube de ma mort. J'espère ne pas avoir été un trop mauvais père, malgré mon sale caractère, et mon incapacité à exprimer tout l'amour que je pouvais ressentir pour toi. L'aube se lève, déjà. Encore. Il est temps que je lâche cette plume, et que j'aille réveiller les jeunes. Ma main tremble.
Je t'aime, petite Saestra. Toi et ta mère, je vous aime. Je vais mourir ce matin, et je vous aime.

Joseph Leoric Navaeian."


La femme aux cheveux sombres termine sa lecture, soupirant, jouant avec la pointe d'une de ses oreilles. Elle consulte les deux feuillets aggraphés à la feuille. Le premier est aussi jaune que la lettre, tandis que le second semble presque récent.

Citation:
" Au Capitaine Hendricks, le 28/11/23

Je vous informe que le Sergent-Instructeur Joseph Leoric Navaeian est décédé consécutivement à ses blessures lorsque nous avons essayé de le rapatrier pour le soigner à Âtreval, suite à l'assaut donné sur la Tour du Roi. L'unité qu'il commandait, conformément à nos prévisions a été anéantie, à l'exceptions notable de trois jeunes gens que le Sergent-Instructeur a visiblement réussi à sauver. Il est nécessaire de rendre honneur à l'héroïsme et au sang-froid du Sergent-Instructeur, qui a visiblement réussi à tenir à distance une abomination du fléau pour que ces trois recrues puissent avoir la vie sauve. Conformément aux ordres du Sergent-Instructeur Navaeian, nous avons brulé son cadavre, et dispersé ses cendres, puisse son âme être sauvée par la Lumière. Nous avons trouvé cette lettre dans ses affaires, et elle est destinée à sa fille, le Sergent Navaeian, du corps d'assaut. Je vous demande ce que nous devons en faire, au vu des propos hautement démoralisant qu'elle contient.
Je vous informe aussi de la part du Lieutenant Rougebarbe que l'assaut sur le Fort dit "de la Pointe-de-Pierre" a été un fiasco, l'unité complète ayant été annihilée par une présence plus massive que relevée du Fléau.
Gloire à la Lumière, Pour Lordaeron,
Caporal Barbara Heisenstein."


Citation:
"A l'intention de Dame Navaeian - Blacksun,

Voici la dernière des lettres, dans l'ordre chronologique d'écriture, de votre père, feu Joseph Leoric Navaeian. Nous avons eu d'immenses difficultés à la récupérer, puisque faisant partie des possessions de Sire James Tom Hendricks, anciennement Baron des Tour du Loup du Royaume de Lordaeron. Nous avons finalement pu la récupérer lors de l'exécution de ses volontés testamentaires en Hurlevent, conformément à la clause 255-8 du traité d'application de coopération notariale et juridique entre les Royaumes d'Azeroth et Forgefer. Cette lettre vous est donc envoyée sur le fondement de l'application de l'article 145-6 de la charte bancaire et testamentaire exécutive des clans Barbe-de-Bronze, conformément au contrat conclu le 17 / 02 / 04 avec l'établissement bancaire et notarial Grisebarbe & Fils.

Yorick Bloïn Grisepierre, votre obligé. "


Le visage de la femme reste neutre, bien que fermé, soupirant à nouveau, tandis que son regard semble fixer quelque chose de visible uniquement par elle, dans le noir.
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Saestra
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MessagePosté le: Lun 15 Sep - 10:42 (2014)    Sujet du message: Lettres d'Outretombe. Répondre en citant

Les eaux lumineuses clapotaient autour du vieil arbre, lucioles tournoyantes et bois sombre créant un féérique contraste, comme si deux mondes qui jamais ne devaient se toucher, se cotoyaient ici même.
Il fait nuit. Il y a foule, ce soir, des gens, des odeurs, des mouvements, des bruits feutrés, des formes, des couleurs. Quelques uns discutent, d'autres mangent, certains se préparent. Des griffes cliquètent sur des dalles, des bottes s'enfoncent dans l'herbe déjà humide, tandis que l'air fraichit rapidement.
Une personne ici, n'est pas venue pour faire la discussion. Une kaldorei, encore plus grande que ses soeurs, plus musclée, vêtue d'une tenue de cuir moulante d'un sombre émeraude, les cheveux d'un vert presque vénéneux, la peau d'un pâle bleu, elle fend la foule, le regard haut et dur, argent moucheté d'or. Les loups à l'apparence d'hommes s'écartent devant elle, murmurant bénédictions, prières, ou demandes. Elle les observent, tandis que leurs odeurs agressives assaillent son odorat. Elle fronce le nez. Relents de bêtes, et d'humain, pour ses sens affutés, leurs odeurs, mélange savant de saleté, sexe, nourriture, et de musc animal est entêtant et désagréable. Elle passe sa langue sur ses lèvres, puis entre ses canines aiguës, murmurant une remarque acerbe à elle seule. Les loups au masque d'humains sont surpris, inquiets, agacés. Les plus bestiaux d'entre eux semblent s'émouvoir de son attitude froide. Les plus imparfaits. Elle fronce de manière imperceptible les sourcils, nullement intimidés par certains grondements venant de la petite foule, ou des murmures acerbes. Elle se sait largement capable d'un tuer un avant qu'il ne la touche. Elle fait un léger sourire, tandis que sa peau fourmille, avant de secouer légèrement la tête. "Restreint ta faim" se morigéna-t-elle, "Sinon, tu ne vaux pas mieux que ces bêtes-humains. Tu as un objectif, souviens toi." Pour se relier à l'instant présent, elle toucha le coin d'une lettre de papier humain, dans une des poches de son armure, se focalisant sur le contact, avant d'inspirer lentement, se forçant à décomposer la situation. Herbe, feuilles mortes, pourriture, odeurs de nourritures, plantes médicinales, musc animal, odeurs de sexe, d'excréments.

Elle se frotte légèrement le nez, essayant de ne pas évoquer les dernières occurrences de son odorat. Les loups-humain s'agitent autour d'elle, certains allant même jusqu'à timidement essayer de s'approcher, de s'adresser à elle. Elle rive sur eux son regard, qu'elle sait parfaitement intimidant, forgé par des millénaires de commandement inflexible. "Exprimez vous, worgen." Elle essaye de ne pas mettre trop de mépris dans ce terme. Tout cela à cause d'une erreur de quelques membres de sa race. Laissez les imprudents manipuler de tels pouvoirs, et des conséquences de ce type se produisent. Cela vaut autant pour les kaldoreï que pour les worgens. Ces pensées traversent à une vitesse fulgurante son esprit.
La louve-femme, porte son masque d'humain. Une petite humaine, rousse, replète, la peau pâle, le visage criblé de taches de rousseurs, habillée d'une robe de cuir. Un certain don pour l'Art. Sorcière des moissons, probablement, estime la kaldoreï.
"Pardonnez moi, mais... vous n'êtes pas le druide que l'on attends pour le rituel ? Enfin, normalement, c'est un grand elfe de la nuit, vous savez...."
Elfe de la nuit. Quel terme péjoratif. La grande veille avait effacé le mode de vie nocturne de sa race. Passons. Ce n'est pas le temps pour se focaliser sur des broutilles. Elle pince les lèvres, légèrement, donnant à son visage l'expression sévère qu'elle souhaite.
"Cela vous incommode-t-il ? "
"Et bien... pas vraiment mais... enfin."
"Je connais le rituel de la faux d'Elune, et d'apaisement de l'esprit. Nous en avons deux, ce soir. Je suis ici à mon initiative propre. Je peux faire venir le druide préposé habituellement si cela vous pose un problème."

La femme hésite. Elle sait que son pouvoir sur sa communauté est fragile, mais que le soutien des kaldoreï l'est aussi. Surtout en ce qui concerne le pouvoir des meutes. La kaldoreï plisse légèrement les yeux. La politique... Prise d'agacement, elle décide de couper l'herbe sous le pied de son interlocutrice, la voix aussi tranchante que le vieux glaive pendant à sa ceinture.
"Les deux sujets ne sont pas originaires de Gilnéas, mais du royaume de Lordaeron, au nord. Et, après la conversation que j'ai réussi à tenir avec eux, surtout le mâle, ils ne resteront pas ici longtemps. Ils ont acceptés le don du sang pour survivre à une exposition de peste. Ce sont des soldats combattants les forces réprouvées sur leur territoire. Ils ne dépendent donc pas de vos prérogatives.
Je voulais faire preuve d'une certaine forme de respect, mais visiblement, cette notion est complexe et difficilement abordable. Vous pouvez disposer. Je vais commencer le rituel.
"
Les yeux de la louve-femme s'écarquille sous la charge. Incompréhension. Compréhension. Angoisse. Colère. Culpabilité, maniée comme la lame tranchante de son glaive. Eux combattent, vous, vous êtes sous un chêne à vous disputer l'imprégnation de worgens solitaires. Sous-entendus.

Un grognement. L'elfe agite légèrement les oreilles. Hostilité. Un des loups-hommes qui l'accompagne passe à l'attaque. Réflexes. Coup à la gorge, poing droit. Coup au plexus solaire, poing gauche. Mains ouvertes, frappes incapacitantes. Le loup-homme vole dans les airs, sur quatre mètres, les badauds s'écartant. La femme rousse va directement à son chevet, repliant sa robe pour l'examiner rapidement. Son mâle, elle suppose. Cette scène lui en rappelle une autre, semblable. Elle la chasse de son esprit, s'approchant du couple malmené.
"Je vais commencer le rituel. Veuillez libérer l'espace, et amener les deux nouveaux worgens. Si vous refusez, mes soeurs s'en chargeront."
La femme rousse se mord la lèvre, la louve gronde haineusement dans ses yeux. Elle se relève, avec son loup-homme, sortant à grands pas et volutes de cuirs courroucés. Du parfum. Elle fronce le nez. Du parfum. Une coquetterie... inédite, mais révélatrice, pour une meneuse de meute. Les badauds la suive, craintive. Seuls restes les plus intéressés, quelques hommes-loups, deux femmes-loups. Et ses sœurs, évidemment. L'une vient vers elle, faisant une tête de moins, dans son armure réglementaire.
"Nous vous apportons les nouveaux worgens, Thori'dal Ahsmoon ?"
"Ash'karath, falore."
Elle renonça à corriger le manquement à l'étiquette flagrant, elle n'était plus une Sentinelle depuis quelques années, maintenant. Peu avaient renoncé à user de ce titre. Elle haussa très légèrement les épaules, commençant à mobiliser son énergie druidique. Elle était encore très loin d'être une druidesse à part entière, néanmoins, le rituel n'était pas extrêmement complexe du point de vue extérieur. Cela allait surtout dépendre des deux worgens.

Elle commença à disposer les eaux. Tranquilité, Équilibre, Fureur. Le balancier de la nature en action. Elle se redressa ensuite, posant une main sur l'antique rebord d'un des puits, touchant de l'autre un coin de l'enveloppe, laissant quelques secondes ses pensées vagabonder.
L'odeur âcre et riche du bois en décomposition du chêne la ramena bien vite à la réalité, tandis que ses soeurs escortaient deux worgens en sa direction. La première était une femelle, grande, presque qu'autant qu'elle-même, harmonieusement musclée, dégageant une puissance physique certaine, et déjà sévèrement rongée par la Bête. Le mâle était bien plus petit, extrêmement trapu et large d'épaules, presque aussi large que haut, doté de griffes immenses. Lui, par contre, semblant déjà en train de converser. Les deux semblent en osmose certaine, même si la femelle semble déjà perdre pied dans la bestialité.
C'était elle qui allait représenter le plus grand défi.
Elle fit rapidement installer cette dernière devant elle, posant sa main sur son front, calmant la Bête, suffisamment pour réaliser le rituel. Cette dernière s'apaisa rapidement, gavée d'énergie druidique.
"Bien. Je sais que vous ne pouvez pas parler. Vous allez subir le rituel d'apaisement de l'esprit, afin que la Bête ne vous ronge pas. Du moins, pas trop vite."
Elle fit un sourire presque cruel, dévoilant ses canines aiguës, tandis que la worgen semble opiner du chef.
"Entamons le rituel"
Citation:

Pour la femelle worgen, tout était confus. Des arbres, des loups, congénères, bonnes senteurs. Femme elfe. Sent le reptile, le danger. Mauvaise odeur. Boire l'eau. La première.
Elle lapa dans les eaux de Tranquillité. Brutalement, elle se souvint combien elle était heureuse, enfant, dans sa petite maison dans les bois, avec son père. Un souvenir précis lui revint en mémoire. Il était tard, le soir, tandis qu'elle sommeillait dans son lit, en hauteur, elle regardait la large ombre de son père au sol, assis à son bureau en train d'écrire, par le feu de la cheminée, tandis que la neige tombait doucement dehors. Du goût salé de son premier baiser dans le foin de la grange. De ces petits plaisirs de la vie du quotidien, et de la famille.
Elle manqua de tomber à la renverse, s'appuyant, haletante, sur le puit, trébuchante, ensuite, vers l'autre, secouant le museau.

Elle lapa, ensuite, les eaux d'Équilibre. Brutalement, elle se rappela de ses deux premières années de conscription dans l'armée de Lordaeron, comme son père avant elle. Puis, elle se souvint de Walace, de son regard innocent, de son humour vaseux, mais jamais méprisant ou méchant, de sa façon de la soutenir par un seul regard, de sa gentillesse, de sa loyauté, de sa main dans ses cheveux, et sa façon de revenir vers elle, toujours de bonne humeur. Elle crut pleurer, sans pouvoir le faire, sentant presque dans sa peau, peu à peu, la bête refluer.

Elle se dirigea, titubante, aveuglée par les larmes, vers les eaux de Fureur, buvant, prise d'une brusque soif d'humanité perdue. Elle comprit, que la chose la plus importante pour elle, était d'être en vie. Car sans vie, elle ne pouvait combattre, elle ne pouvait espérer sauver son pays, celui qui l'avait vu donner le jour. Qu'elle ne pourrait peut-être pas l'emporter, mais déjà, même si c'est une bataille de tout les jours, vivre sur les terres, sur ses terres, et à y faire revenir peu à peu la vie.
Lorsqu'elle releva la tête, elle se sentit de nouveau humaine, à nouveau, malgré les ténèbres entourant son esprit, elle-même. Elle tituba, comme ivre, sur quelques mètres, puis s'effondra, son esprit s'enfonçant dans un sommeil miséricordieux.


La kaldorei rabaissa le doigt pointé vers la nouvelle louve-femme. Un bel exemple de réussite du rituel, grâce à une grande force de volonté. Néanmoins, elle devait se reposer, et non pas aller hurler à la face du monde sa rage, d'où son sort de sommeil. Elle s'approcha de la louve-femme, remarquant ses épais cheveux corbeaux. Elle passa une main songeuse dans ces cheveux, découvrant les oreilles, et constatant. Elle secoua la tête, amusée. Elle reposa la louve-femme contre le bois pourri du chêne, se tournant vers ses soeurs. Il y avait encore l'autre à s'occuper.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 07:41 (2017)    Sujet du message: Lettres d'Outretombe.

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